Le bien-être au travail n’est pas une utopie ! Quelques conseils pour l’atteindre

Améliorer les conditions de travail

Question de société sur base philosophique : peut-on être heureux au travail ? Alors que nous en sommes encore à nous demander ce qu’est le bonheur, il serait intéressant de se poser la question de celui vécu au travail ! Est-il atteignable ou ce terme marketing nous fait-il juste miroiter une vie « instagramable » ?

Etymologiquement, tout le monde ou presque le sait, le mot « travail » viendrait (et j’insiste sur le conditionnel car cette source est contestée) du latin tripalium, nom d’un instrument de torture du Moyen-Age constitué de trois pieux. Il faut dire aussi que les conditions de travail de cette époque ne sont pas tellement comparables avec celles de notre société actuelle ! Cela sous-entend néanmoins une notion de souffrance et de labeur sous-jacente à tout activité professionnelle.

Aujourd’hui, la place du bien-être au travail commence (enfin !) à prendre de l’envergure. Cette notion a notamment permis de construire des politiques de santé en entreprise, inscrite sur le long terme, et vise à concilier harmonieusement aspirations individuelles et souci de performance (Valléry & co., 2016).

Qu’est-ce que le bonheur ?

Si nous posons la question à un groupe au hasard « selon vous, comment pourrait-on qualifier le bonheur ? », tout le monde aura une réponse différente de son voisin. C’est un terme hautement difficile à généraliser et pourtant, Riff, en 1989, a été l’un des premiers à distinguer six composantes du bien-être, à savoir :

  • l’acceptation de soi, de ses limites et de ses faiblesses ;
  • des relations positives à autrui ;
  • l’autonomie dans l’orientation de sa vie et donc dans la généralisation et la poursuite de ses objectifs ;
  • la maitrise de son environnement proche, ce qui implique de pouvoir agir sur les contraintes que l’on rencontre ;
  • la possibilité de développer ses potentialités ;
  • le sens de la vie, la capacité de s’en définir un

Ces facteurs amenant au bonheur de façon générale peuvent donc se transposer de la même manière au monde du travail. Et nous allons principalement nous pencher sur le sens que l’on donne à notre activité professionnelle.

Sphère et bonheur au travail

Quel est le sens réel du travail ?

Lorsque nous nous cherchons professionnellement, que nous réfléchissons à notre avenir dans le monde du travail, nous envisageons souvent un métier dans lequel nous avons l’occasion de nous réaliser. Cela signifie établir un prolongement de soi, de nos valeurs, de nos projets ou encore de nos ambitions. En tout cas, c’est ce que révèlent bien souvent nos bilans de compétences et tests d’orientation. Nous sommes idéalement à la recherche d’un métier qui soit utile aux autres, à la société, et qui ait du sens. Un métier qui nous permette de rentrer le soir chez soi en se disant  » j’ai passé une bonne journée « .

Après tout, notre travail nous définit. N’est-ce pas l’une des premières questions que l’on pose à quelqu’un que l’on vient de rencontrer : « Que fais-tu dans la vie ? » Sur un rythme de 35h/semaine sur une quarantaine d’années, en moyenne évidemment, sans parler des possibles études pour y arriver, ni des heures supp’ ou encore de la place qu’elle occupe dans nos pensées soir et week-end, la sphère professionnelle prend une place prépondérante dans notre vie. Notre identité professionnelle fait partie intégrante de notre identité sociale. Trouver une culture organisationnelle qui nous ressemble, avec des valeurs auxquelles on adhère, semble essentiel. Mais est-il forcément nécessaire de trouver du sens à notre travail pour l’apprécier, et pour ne pas tomber dans le « brown-out » (perte de sens au travail) ? Faut-il s’accomplir professionnellement pour être heureux au travail ?

« Trouve un boulot que tu aimes et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie » Confusius le pensait déjà à l’époque et son aphorisme est connu de tous. Et pourtant, Albert Moukheiber, psychologue clinicien et chercheur en neurosciences (Welcome to the Jungle), se demande si cette quête de sens ne serait pas, au final, une perte de temps, et si elle ne nous ferait pas plus de mal que de bien. Cette recherche permanente de sens nous détournerait peut-être de notre objectif initial : trouver un job pour profiter de la vie à côté.

Mais alors, sommes-nous trop exigeants à vouloir conscientiser nos conditions de travail et à vouloir les rendre les plus en phase possible avec qui nous sommes, ou devons-nous nous contenter de ce que nous avons et ne pas avoir la prétention de chercher mieux ailleurs ? Pouvons-nous être heureux dans la vie sans être épanouie au travail? Après tout, chacun y met le sens qu’il veut bien y mettre, à l’instar des trois tailleurs de pierre. Petite histoire : trois hommes taillent chacun une grosse pierre de la même façon avec les mêmes outils. Le premier a l’air triste, le deuxième n’est ni triste ni joyeux, et le troisième a l’air heureux. Lorsqu’on leur demande pourquoi ils taillent des pierres, ils répondirent ceci :

  • premier tailleur : je taille cette pierre pour purger ma peine
  • deuxième tailleur : je taille cette pierre pour nourrir ma famille
  • troisième tailleur : je taille cette pierre pour construire une cathédrale
savoir-manager

Qu’en disent les statistiques ?

Nous pouvons établir une corrélation plutôt évidente entre le bonheur personnel et le bonheur professionnel : ceux qui sont heureux dans leur vie le seront davantage au travail que leurs collègues. Malgré cela, il semblerait que les salariés sont davantage heureux dans leur vie personnelle, qu’ils sont possiblement plus à même de contrôler, que professionnelle.

Selon les statistiques, près d’un salarié sur deux ressentirait du stress ou de la fatigue au travail ou encore ne trouve pas de sens dans leur activité (nous en revenons au  » brown out  » ou perte de sens au travail), et près d’un quart s’ennuie (appelé « bore out ou syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui ») ou se sent en situation de surmenage (appelé « burn-out » ou syndrome d’épuisement professionnel). Le bien-être au travail dépendrait davantage des conditions externes d’exercice que de la nature de la tâche.

Nous allons voir ci-après dans quelles conditions de travail un salarié pourrait se sentir épanouie.

Quelles sont les conditions de travail idéales pour atteindre le bien-être professionnel ?

Il n’existe pas deux entreprises identiques, ni une seule situation de travail qui satisferait l’intégralité des salariés. Néanmoins, il y a surtout des choses à éviter de mettre en place afin que les salariés puissent s’épanouir.

Arrêter d’infantiliser les salariés

Oubliez les baby-foot ou les fontaines à chocolat dans la salle de repos. Ces installations sympathiques mais puériles n’amèneront pas le bonheur durable de vos salariés dans votre entreprise. Ces derniers pourraient également penser que vous vous moquez d’eux, surtout si les moyens financiers ne sont pas en priorité au service de l’équipement indispensable (ordinateur performant par exemple).

Le bonheur professionnel ne passe pas non plus par le salaire, bien que ce dernier doit être juste et corrélé aux efforts fournis. Ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur et ce n’est pas un critère de durabilité à un poste, qu’on se le dise !

Etre reconnu et considéré

Il faut surtout et avant tout donner plus d’importance à la reconnaissance, comme le suggère la pyramide de Maslow ci-dessous. Un simple « merci » ou « tu as fait du bon travail » est déjà un pas vers un mieux-être. Cela donne de la motivation à vouloir continuer.

Pyramide de Maslow - Pyramide des besoins humains
Pyramide de Maslow, liste des besoins de chacun : du plus élémentaire, la base, au plus idéalisé, au sommet

Etre bien managé et entouré

Ce sont principalement les pratiques de management inadaptées qui font naitre et s’accroitre les risques psychosociaux (RPS), fléau du XXIème siècle, chez les salariés. D’autre part, la pression ambiante serait un indicateur majeur du bien-être au travail. En effet, les différentes tensions au travail, un climat tendu, un sentiment d’insécurité qui plane… Que ce soit horizontal (entre collègue) ou vertical (avec la hiérarchie). Ce n’est pas tant le nombre d’heures qui impacte la santé des salariés mais davantage le climat dans lequel il réalise la tâche demandée.

Travailler dans de bonnes conditions physiques

L’environnement physique de travail joue également un rôle prépondérant : espace, température, humidité, bruits, luminosité… Tant de paramètres qui peuvent certainement paraître anodins au début mais qui épuisent avec le temps. Des mesures de l’environnement physique de travail doivent être effectuées car elles sont réglementées.

Equilibre vie professionnelle / vie personnelle

Un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle est indispensable pour se sentir bien. Cela démontre que l’entreprise prend en compte votre vie et respecte vos droits. Empiéter sur votre vie privée en vous demandant d’être hyperconnectée serait un abus. Savoir dire non lorsque c’est légitime. Vous êtes plus disponible mentalement si vous avez pris le temps de penser à vous à l’extérieur de votre entreprise.

Les paramètres du stress au travail

Des recherches ont montré que la coexistence, d’une part, d’une forte demande psychologique effectuée par la hiérarchie et les collègues (pression, dead-line, ordres contradictoires, surcharge…) avec, d’autre part, une faible latitude décisionnelle (peu d’autonomie, de marge de manœuvre, pas d’impact sur les prises de décisions…) conduirait à une charge mentale, très difficilement gérable dans le temps. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance du soutien social au sein de l’entreprise, notamment en ce qui concerne la relation avec les collègues.

Le travail sans stress

Pour conclure

Des solutions à portée de main existent et sont atteignables par chaque entreprise pour faire de la santé mentale de ses salariés une priorité. Les risques psychosociaux font désormais partis du DUERP (Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels). Un salarié heureux à son poste sera beaucoup plus performant à sa tâche, plus motivé, plus enclin à faire du bon travail. Outre les rendements économiques, c’est un devoir sur le plan humain que de considérer les gens avec qui nous travaillons.

© Article de Pauline GEORGE | Psychologue du travail